« Le Bernard Madoff du sport »


Par Jean-Marie LEBLANC, ancien directeur du Tour de France


Extrait du livre "Le Tour, 100 images, 100 histoires" (Denoël - AFP), à paraître le 7 mai






L'Américain Lance Armstrong circule sur l'herbe après avoir évité l'Espagnol Joseba Beloki dans la 9e étape du Tour de France, le 14 juillet 2003 (photo: AFP / Joël Saget)
AFP / Joël Saget

Spectaculaire sortie de route pour Lance Armstrong dans la 9e étape du Tour 2003, à quelques kilomètres de l’arrivée à Gap. Surpris par le dérapage, juste devant lui, de l’Espagnol Joseba Beloki, qui a vu sa roue avant se dérober dans le goudron fondu, l’Américain, porteur du maillot jaune, n’a eu d’autre ressource que cet écart brutal et désespéré qui l’a projeté dans l’herbe. Sa trajectoire va se poursuivre jusqu’au lacet inférieur de la route, qu’il reprendra après une surprenante voltige… Vues et revues à travers le monde, ces images témoignent du sang-froid et des réflexes qui font partie de la panoplie des qualités propres aux champions cyclistes.


L'Américain Lance Armstrong évite l'Espagnol Joseba Beloki, victime d'une chute dans la 9e étape du Tour de France le 14 juillet 2003 (photo: AFP / Joël Saget)
AFP / Joël Saget

… Mais une tout autre sortie de route, au figuré cette fois, et infiniment plus grave, attendait l’Américain neuf ans plus tard. Retiré de la compétition mais toujours cerné par l’agence antidopage de son
pays, traqué par les médias, suspecté d’avoir eu recours au dopage pendant une bonne partie de sa carrière, Armstrong allait finalement être confondu. Et banni.

En effet, l’agence antidopage américaine, l’Usada, avait transmis à l’Union cycliste internationale son rapport – accablant – fondé sur un grand nombre de dénonciations de son ancien entourage (ainsi que la police italienne procède avec des « repentis » pour combattre la Mafia). Ce rapport ne laissait plus de place au doute: Armstrong s’était dopé grâce à un système particulièrement pervers.

Nous étions en octobre 2012. L’Union cycliste internationale suivit la position des instances américaines et radia celui qui avait été septuple vainqueur du Tour de tous ses classements obtenus depuis 1998. Ses victoires dans le Tour étaient effacées pour laisser au palmarès de la Grande Boucle un énorme blanc, que l’on peut assimiler à du noir, le noir de la honte.


Un graffiti dépeint le cycliste américain Lance Armstrong dans une rue de Los Angeles, en janvier 2013 (photo: Kevork Djansezian / AFP / Getty)
Kevork Djansezian / AFP / Getty

Il me revient que j’avais déclaré, en juillet 2005 lorsque avait été démontrée rétrospectivement la prise d’EPO par Armstrong dans le Tour 1999: «Nous avons été abusés.» Je persiste et je signe: Armstrong a
trompé le Tour de France, le public, les médias, tous ceux qui croyaient en la valeur de ses performances et, pire encore, il a trahi son sport.

Lui qui n’avait cessé de nier avoir eu recours au dopage finit par passer aux aveux en janvier 2013. Fin des mensonges, fin du cynisme, fin du mépris. Mais ces confessions, tardives et médiatisées, ne suintaient pas de toute la sincérité souhaitable. Préparées par des avocats, elles sentaient toujours la manigance et le calcul. Dans le domaine du sport, la longue escroquerie de Lance Armstrong fait de lui le Bernard Madoff du sport. Personne ne regrettera les comptes qu’il devra rendre, ni les sanctions qu’il aura à subir…

Quand, mais quand pourrons-nous de nouveau avoir confiance en l’authenticité des exploits des coureurs cyclistes?

J. - M. L.


"Le Tour, 100 images, 100 histoires

Ce texte et la photo de tête sont extraits du livre "Le Tour, 100 images, 100 histoires" (Denoël / AFP), à paraître le 7 mai. Cet ouvrage donne la parole à quatre passionnés de la Grande Boucle: Eric Fottorino, ancien directeur du Monde; Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France de 1989 à 2006; Jean-Paul Ollivier, spécialiste du cyclisme sur France 2, et Bernard Thévenet, deux fois vainqueur de l'épreuve en 1975 et 1977. Ils commentent cent photos emblématiques tirées des archives de l'Agence France-Presse.