Le coup de pied aux Femen


Par Roland de COURSON






Un vigile de la Grande mosquée de Paris botte les fesses d'une militante du mouvement féministe Femen le 3 avril 2013 (photo: AFP / Fred Dufour)
AFP / Fred Dufour

PARIS – Il s’écoule rarement une semaine sans une manifestation des Femen. Ce mouvement féministe d’origine ukrainienne s’est spécialisé depuis cinq ans dans les manifestations seins nus pour les droits des femmes, contre la corruption ou encore contre l’influence de la religion. Ces actions ne durent en général que quelques minutes. Elles se déroulent devant un parterre de reporters dument prévenus et la plupart se terminent par une évacuation en règle par les forces de l’ordre. La devise du mouvement est: «sors, déshabille-toi et gagne».

Les Femen s’en prennent souvent aux lieux sacrés. Il y a un an, des militantes aux seins nus se barricadaient dans le clocher de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev pour protester contre un projet de loi destiné à interdire l’avortement en Ukraine. Plus récemment, on a vu les Femen enlever le haut dans la cathédrale Notre-Dame de Paris et sur la place Saint-Pierre de Rome avant de se faire expulser manu militari. Mercredi 2 avril, c’est la Grande mosquée de Paris qui a été prise pour cible.


Une militante du mouvement féministe Femen et un vigile de la Grande mosquée de Paris s'affrontent le 3 avril 2013 (photo: AFP / Fred Dufour)
AFP / Fred Dufour

«Comme à chaque fois, les Femen nous avaient prévenus de ce qui allait se passer», raconte Fred Dufour, l’auteur des images ci-dessus. «Tout à coup, une petite voiture s’est arrêtée et trois femmes aux seins nus et au visage voilé en sont sorties en courant vers la mosquée. Les deux agents de sécurité postés devant la porte se sont précipités vers elles en leur criant de s’en aller».

Les Femen, qui entendaient avec cette action «dénoncer l’extrémisme religieux», ont déployé ce qu’elles ont présenté comme un «drapeau salafiste» (un drapeau noir barré de la chahada, la profession de foi des musulmans) avant de l’imbiber d’alcool et d’y mettre le feu. «Un des agents a tenté de les empêcher de brûler le drapeau», continue Fred Dufour. «Un autre a essayé de chasser les militantes en leur lançant un cageot, puis une bouteille d’eau en plastique vide. L’œil dans le viseur, j’ai senti qu’il s’apprêtait à décocher un coup de pied à une des femmes. J’ai appuyé trois ou quatre fois sur le déclencheur et j’ai pu saisir le moment de l’impact, qui n’a pas dû être très douloureux... Tout au long de leur action, qui a duré à peine deux minutes, les Femen n’ont pas prononce le moindre mot. Elles ont arraché leurs voiles et sont reparties dans leur voiture aussi rapidement qu’elles étaient arrivées».


Des militantes du mouvement féministe Femen tentent de brûler ce qu'elles présentent comme un 'drapeau salafiste' le 3 avril 2013 devant la Grande mosquée de Paris (photo: AFP / Fred Dufour)
AFP / Fred Dufour

«La scène s’est déroulée devant quelques fidèles, surtout des femmes qui venaient prier», ajoute le photographe. «Prises de court par la rapidité des événements, elles n’ont pas eu le temps de réagir contre les Femen mais après coup, une d’entre elles est venue vers nous et nous a insultés, en nous reprochant d’avoir photographié la scène».

La photo de Fred Dufour a rapidement fait le tour des réseaux sociaux et soulevé un débat enflammé entre les internautes soutenant la cause des Femen et ceux accusant le mouvement d’islamophobie. Certains se sont également demandé pourquoi les militantes avaient choisi de manifester contre le salafisme devant la Grande mosquée de Paris, institution qui prône une vision modérée de l’islam.

Postée le 4 avril au matin sur la page Facebook de l’AFP, la photo de Fred Dufour a été partagée près de 400 fois et généré une bonne centaine de commentaires. Un débat enfiévré entre deux visions morales qui a tourné court en raison de l’irruption d’une troisième, américaine et puritaine cette fois: quatre heures après sa mise en ligne par l’AFP, l’image était censurée par Facebook pour violation de ses règles interdisant la nudité…


Message de Facebook annonçant que la photo mise en ligne sur la page de l'AFP a été censurée, le 4 avril 2013 (photo: AFP)