Vrai-faux mariage gay à Pékin


Par Ed JONES





CHINA-RIGHTS-HOMOSEXUALITY
AFP/Ed Jones

PEKIN - J'ai rencontré Elsie Liao, une militante lesbienne de Pékin, l'été dernier. Elle m'avait autorisé alors à la prendre en photo en train de donner du sang, juste après la levée d'une interdiction, qui permettait désormais aux lesbiennes de faire des dons. (Les homosexuels hommes n'ont toujours pas l'autorisation de le faire). Nous sommes restés en contact, et elle m'a parlé de son intention de se rendre dans un bureau d'enregistrement des mariages pour y demander une autorisation avec une amie, Yu Mayu, qui se qualifie elle-même de "tri-sexuelle".

Elsie et Mayu sont des militantes du LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres) à Pékin, qui organise des événements pour promouvoir la culture gay et soutenir la communauté gay. D'autres membres du centre, qui avaient organisé cette manifestation, étaient également présents.

Je suis entré dans le bureau d'enregistrement avec les deux militantes. Les responsables du bureau ont des consignes, dont celle de ne pas autoriser deux femmes à se marier. Ils ne savaient pas quoi faire, et étaient visiblement contrariés, réalisant qu'ils étaient confrontés à une action de contestation. Et leur refus d'accorder l'autorisation de se marier constitue moins une réponse officielle du gouvernement qu'une réaction de fonctionnaires de base à une situation embarrassante.

En sortant du bureau, les deux militantes ont posé avec de fausses autorisations de mariage.  Elle ont fait ça  visiblement avec l'intention d'être prises en photo, de même que le baiser, même si elles ne l'ont pas dit franchement. Un geste militant. Des médias locaux ont affirmé à tort que les deux filles étaient en couple, et ce depuis un certain temps.

CHINA-RIGHTS-HOMOSEXUALITY
AFP/Ed Jones

A Pékin, la culture gay est présente dans certains quartiers, certains clubs. En dehors des grandes villes chinoises, on accepte semble-t-il beaucoup plus mal l'homosexualité.

La presse a relaté récemment les expériences douloureuses de parents qui forcent leurs enfants homos à se marier, de trans-sexuels accros à la drogue que le gouvernement ne veut pas prendre en charge parce que les autorités refusent de reconnaître leur sexe, et d'homos qui vivent pendant des années un mariage malheureux parce qu'il leur est socialement impossible de faire leur "coming out".

Sur le plan légal, les relations entre deux personnes du même sexe ont été "décriminalisées" en Chine en 1997, et l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie mentale depuis 2001.

Concernant l'aspect déontologique de cette photo, je me suis posé la question suivante: Y a-t-il un problème, en tant que journaliste, à prendre une photo d'un événement "fabriqué" ? Ma réponse est non, si les circonstances sont clairement expliquées.