Dans un atelier de Mazar-i-Sharif, en Afghanistan, avril 2012 (photo: AFP / Qais Usyan)
AFP / Qais Usyan

KABOUL – Il avait 25 ans et ce regard unique, ce talent «brut» qui fait le meilleur dans le métier de photographe. Qais Usyan, qui travaillait depuis un an et demi pour l’AFP à Mazar-i-Sharif, dans le nord de l’Afghanistan, a été emporté le 9 février par un accident de santé. Il laisse derrière lui des images peu nombreuses, mais fortes, et révélatrices d’un style bien particulier.

Qais Usyan avait d’abord voulu être radiologue. Puis il avait bifurqué vers les sciences politiques. En fait, tous les métiers l’ennuyaient. Il ne se passionnait que pour la photo, la peinture et les arts. Il s’était formé sur le tas, lisant des livres, se serrant la ceinture pendant des mois pour pouvoir aller à Kaboul s’acheter son premier appareil photo, un modeste Nikon d’un modèle ancien dont il était tellement fier qu’il le portait toujours sur lui. «C’était la première fois qu’à Mazar, on voyait un photographe afghan se promener avec un appareil autour du cou», se souvient son frère. Mais Qais n’avait pas honte du regard d’autrui.


Une jeune afghane atteinte de surdité dans une école de Mazar-i-Sharif, en décembre 2011 (photo: AFP / Qais Usyan)
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«Dans les rues de Mazar-i-Sharif, on le voyait de temps en temps se coucher par terre pour prendre une photo… Ça me faisait vraiment honte, et les gens pensaient qu'il était fou. Mais il ne faisait attention à personne…

Qais n’écoutait pas ceux qui, dans son entourage, lui demandaient pourquoi il n’était pas un photographe «normal», qui fait poser les gens et leur vend la photo ensuite. Il n’écoutait pas non plus ceux qui tentaient de le dissuader d’aller photographier des inondations, des régions dévastées par des tremblements de terre, ou encore de s’approcher, grâce à ses contacts, des insurgés talibans. «C’était quelqu’un d’indépendant. Dans notre société, c’était une personne différente», raconte encore son frère. Il pouvait être l’ami de tout le monde. A Mazar-i-Sharif, il militait activement au sein d’un mouvement pour le droit des femmes.


Mazar-i Sharif, mars 2012 (photo: AFP / Qais Usyan)
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Il avait commencé à travailler pour l’AFP en août 2011, apprenant au fur et à mesure les besoins photographiques d’une grande agence internationale. «Certaines de ses images étaient inutilisables mais on lui disait pourquoi et il retenait la leçon. Il apprenait vite. Il avait du talent», se rappelle le chef de la photo de l’AFP pour l’Afghanistan, Shah Marai, qui l’avait recruté. 

«Il avait un coup d’œil remarquable, un de ces talents bruts qu’on ne rencontre pas souvent», raconte Massoud Hossaini, photographe de l’AFP à Kaboul et Prix Pulitzer 2012. «Il avait une forte personnalité. Il était un peu timide en tant que photographe, mais  si décidé à aller de l’avant…  Il avait déjà gagné plusieurs concours de photo locaux. J’espérais qu’il commencerait bientôt à remporter des prix internationaux, qu’il deviendrait un leader pour les photographes afghans».


Une fillette de 5 ans, victime d'un viol, git sur son lit d'hôpital à côté de sa famille dans le district de Kaldar, au nord de l'Afghanistan, le 12 novembre 2012 (photo: AFP / Qais Usyan)
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«Usyan était de ceux qui veulent changer le monde, mais sa vie a été trop courte pour cela», ajoute Massoud Hossaini. «Il essayait de briser tous les tabous traditionnels, de montrer tous les aspects de la vie, y compris une victime de viol gisant sur son lit d’hôpital».

Qais Usyan avait le projet, dans les tous prochains jours, de partir en Turquie poursuivre son apprentissage. Il laisse une femme et un fils de deux ans.


Dans le district de Zadyan, province de Balkh, au nord de l'Afghanistan en septembre 2012 (photo: AFP / Qais Usyan)
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