Par Julie CHARPENTRAT et Isabelle TOURNE







Une journaliste de l'AFP regarde le site ivg.net, tenu par des militants anti-avortement, en février 2013 à Paris (photo: AFP / Roland de Courson)AFP

PARIS – Qu’est-ce qui nous a amenées à nous pencher sur les nouvelles méthodes des mouvements anti-avortement en France? D’abord, un constat étonnant: en 2009, pour les besoins d’un papier, l’une d’entre nous tape trois lettres, «IVG», sur internet. Elle recherche des informations officielles très simples, comme le taux de remboursement ou les dates limites pour avorter. Mais là, surprise: il n’existe aucun site officiel, et que le site du Planning familial, qu’elle imaginait pourtant être LA référence en la matière, ne contient que peu d’informations.

Quasi-systématiquement, les premiers résultats de recherche renvoient à des sites comme www.ivg.net... qui apparaissent aussi très souvent dans les liens sponsorisés (publicités).

A la lecture de ces sites, il apparait rapidement que tout ce qui se dit dessus sur l’avortement (études scientifiques américaines, témoignages) est négatif. Des photos de femmes soucieuses accompagnent des articles sur le "syndrome post-abortif", la "dépression", les "risques liés à l'IVG" (interruption volontaire de grossesse), les "risques de la pilule" etc.


Ressemblance avec des sites officiels


Les sites sont en général très bien faits et il est difficile de savoir clairement qui se trouve derrière. Certains ressemblent vraiment à des sites officiels (numéro vert, emploi de termes comme "centre national de documentation"). Une vérification dans les mentions légales vient confirmer qu'il ne s'agit que d'associations, qui semblent pour le moins confidentielles. En tout cas rien d'officiel.

Si nulle part on ne déconseille explicitement d'avorter, difficile en revanche d'y trouver des informations factuelles, en particulier sur les lieux accessibles aux femmes pour avorter. Et certaines infos semblent limite, notamment celles qui parlent des méthodes naturelles de contraception comme de moyens fiables.


Le site ecouteivg.com

Ces drôles de sites, derrière lesquels semblent bien se dissimuler des groupes anti-avortement, mériteraient une enquête… ne serait-ce que pour expliquer au grand public que contrairement aux apparences, ils ne sont ni officiels ni neutres.

En 2011, la chaîne de télévision Canal Plus diffuse un reportage sur les nouvelles méthodes de communication des anti-avortement en France et surtout aux Etats-Unis, qui consistent notamment à mettre en avant des enfants.

Nous pensons alors en particulier à une association, l'Alliance pour les Droits de la vie, qui prend position sur les lois de bioéthique, surtout sur l'euthanasie, avec laquelle nous avons déjà été en contact. Leur discours est très loin de celui des groupes violents des années 1980 qui s'enchaînaient aux grilles des centres IVG. Il ne contient à première vue rien de religieux, rien de violent… même si le credo sur le "respect de la vie" fait furieusement penser aux pro-life américains.

Enfin, mi-2012, dans le cadre d'un papier sur l'accès à l'avortement, qui reste en France compliqué et que le président François Hollande, pendant sa campagne, a promis de faciliter, l’une d’entre nous interviewe une gynécologue, Marie-Laure Brival, de l'Association des centres d'interruption de grossesse (Ancic).

Elle parle des nouvelles méthodes de communication des anti-avortement, qui selon elle, avancent masqués, notamment sur internet. Pour elle, les nouveaux anti-IVG sont très dangereux car ils ont changé leur discours. Ils sont beaucoup plus "inoffensifs" en apparence, mais au fond, de son point de vue, beaucoup plus redoutables. Et toujours selon elle, ces nouvelles méthodes contribuent aujourd'hui à rendre plus difficile l'accès à l'IVG.


Consultation au centre de planification et d'éducation familiale de l'Institut Alfred Fournier à Paris, en août 2009 (photo: AFP / Jacques Demarthon)
AFP / Jacques Demarthon

A partir de l'automne, l'Alliance pour les droits de la vie, devenue en 2011 Alliance Vita, se retrouve sous les feux de la rampe avec le débat sur le mariage homo, auquel elle est opposée.
Cette fois, nous décidons de nous plonger enfin à fond dans ce sujet, avec en ligne de mire la manifestation anti-mariage homo du 13 janvier, co-organisée par Alliance Vita, qui elle aussi, dispose d'un site internet d'informations et d'un numéro d'écoute, qui ont les mêmes caractéristiques que www.ivg.net.

Pour réaliser cette enquête, nous avons mené une quinzaine d'interviews (Alliance Vita, Planning familial, la directrice du site ivg.net, chercheurs, lobbyistes européens...) et demandé le concours de notre collègue Fabienne Faur au bureau de Washington, pour savoir si aux Etats-Unis aussi, on pouvait aussi observer un changement de discours de la part ces mouvements, particulièrement puissants outre-Atlantique.


Moins caricaturaux


Nous nous sommes rendus devant l'hôpital Tenon à Paris, où se rassemblent chaque mois des membres de l'association historique anti-IVG, catholique intégriste, SOS Tout Petits. Aujourd'hui, ces manifestations provocatrices (prière de rue avec pancartes montrant notamment des fœtus morts) sont marginales en France. Nous voulions les utiliser comme contrepoint aux "nouveaux" anti-IVG, moins caricaturaux.

Pour analyser les nouvelles méthodes des anti-IVG, nous avons décortiqué pendant de longues heures différents sites internet disponibles ou des blogs de responsables de ces associations.

Nous avons aussi découvert l'existence d'un site créé en réaction aux portails internet des anti-IVG qui ne se présentent pas comme tels. Via le blog "IVG, je vais bien merci", nous avons pu recueillir le témoignage d'une jeune femme, qui, hésitant à avorter, a contacté par téléphone l'un des sites pour obtenir des informations. Elle avait eu le sentiment d'avoir été "manipulée" par son interlocutrice, dans le but de la dissuader d'avorter.


Le site ivg.net

Pour mener l'enquête, nous avons rencontré plusieurs difficultés. D'abord, nous avions beaucoup de matière à exploiter pour un format assez court (1.000 mots). Outre le nombre important d'entretiens menés, nous devions à la fois décrire les sites et le discours de ces mouvements, et laisser de la place à l'analyse tout en parlant de la France, de l'Europe et des Etats-Unis.

Autre difficulté majeure: il s'est avéré très difficile de trouver des interlocuteurs non-militants sur le sujet. Il y a grosso modo d'une part les défenseurs du droit à l'IVG, de l'autre ceux qui le combattent, plus ou moins ouvertement.

C'est pourquoi nous avons choisi de laisser la parole à une chercheuse de l'Inserm ou à un historien, auteur d'une "Histoire de l'avortement". Mais selon plusieurs de nos interlocuteurs, aucun chercheur ne s'est vraiment penché sur la communication des groupes anti-avortement d'aujourd'hui.

Nous avons fait également très attention aux termes employés car ces associations, en particulier Alliance Vita, refusent d'être qualifiées d'anti-avortement, ce qui fait précisément partie de leur stratégie de communication.

Notre enquête a été diffusée sur les fils de l’AFP le 11 janvier 2013. Nous avons, pour le blog Making-of, réalisé une version plus longue et plus complète. La voici.



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Les anti-IVG: des commandos au web


Manifestation anti-avortement en mai 2012 à Lyon (photo: AFP / Jean-Philippe Ksiazek)
AFP / Jean-Philippe Ksiazek

PARIS - Les mouvements anti-avortement en France ont changé de méthodes. Les commandos violents des années 1980 ont disparu. Aujourd’hui, les opposants à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n'ont plus l'espoir de changer la loi. Ils ont un discours lissé. Ils font un usage habile d'internet, et pratiquent un lobbying actif.

Samedi 15 décembre, devant l'hôpital Tenon à Paris (XXème). Comme tous les mois, une poignée d'irréductibles est venue prier à l'appel de l'association "SOS Tout-Petits", fondée en 1986 par le Dr Xavier Dor.
Sur les pancartes: des images de fœtus et des slogans comme "innocent et condamné" ou "on a aboli la peine de mort et on n'a jamais autant tué".

"Nous croyons à la puissance de la prière sur les forces de mort", assure Bertille Vincent, 53 ans, qui raconte "avoir subi, jeune, un avortement forcé". "C'est un acte qui entraîne des désordres psychiques pendant des années", assure-t-elle.

L'association revendique "plus d'une centaine" d'actions dans les années 80 comme des intrusions en salles d'opération, avant la création du "délit d'entrave" à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1993.

"SOS Tout-Petits" ou "La Trêve de Dieu", associations de catholiques fondamentalistes, ont dû alors abandonner "les méthodes de pression directe", souligne la politologue Fiametta Venner, spécialiste du sujet.

Si l'influence de ces groupuscules semble aujourd'hui limitée, ils ont été rejoints par d'autres associations, à la communication plus mesurée et qui n'affirment pas frontalement leur opposition à l'avortement.

"Les «contre» ont changé de discours car la société ne les entend plus", constate Jean-Yves Le Naour, co-auteur de "L'Histoire de l'avortement" (Seuil).


Au 'Colloque international pour la vie' organisé par l'évêché de Bayonne, dans le sud-ouest de la France, en novembre 2012 (photo: AFP / Gaizka Iroz)
AFP / Gaizka Iroz

Mais pour la gynécologue Marie-Laure Brival, de l'Ancic (centres d'interruption de grossesse), ce discours est un leurre.

"On avait cette image caricaturale des anti-IVG catholiques, brandissant une croix, s'enchaînant", explique le médecin. "La stratégie a complètement changé, elle est insidieuse donc encore plus redoutable", s'alarme-t-elle, particulièrement inquiète de leur présence sur internet.

Si on tape "IVG" sur Google, le site www.ivg.net apparaît dans les tous premiers résultats, en concurrence avec Wikipédia ou le site d'information sur la santé Doctissimo. Il se dit "centre de documentation médicale sur l'avortement" et "centre national d'écoute anonyme et gratuit" et propose un numéro vert.


Stratégie "insidieuse", "redoutable"


"On a vraiment l'impression que c'est un numéro gouvernemental", observe la chercheuse Nathalie Bajos, spécialiste de l'avortement et de la contraception à l'Inserm. Pourtant, rien d'officiel, mais une association, "SOS Détresse".

Le but, "c'est d'informer les femmes, qui ne savent pas bien comment l'IVG va se passer", assure Marie Philippe, responsable du site, qui revendique "2.000 visites par jour" mais refuse de dire combien de personnes emploie l'association.

Il s'agit surtout, selon elle, de pallier le manque d'informations sur l'IVG: "actuellement en France on avorte n'importe comment, c'est le foutoir", "les médecins ne disent rien aux femmes, ne leur expliquent pas comment sera l'embryon quand il tombera dans les toilettes", lance-t-elle.


Le site sosbebe.org

"Une femme a le droit d'avorter mais aussi de savoir les conséquences sur le couple, le psychisme, la vie sexuelle", poursuit-elle. "Après, elle fait son choix", dit encore Mme Philippe qui affirme donner des informations neutres, dénuées de tout militantisme.

Pourtant, l'essentiel des articles disponibles sur le site porte sur les "risques psycho-comportementaux après une IVG". On peut notamment lire une étude de l'universitaire américaine Priscilla Coleman, dont le travail a été très critiqué outre-Atlantique et qui est intervenue dans des congrès de médecins "pro-life" ("pro-vie", opposés à l'avortement).


Sur ivg.net: "si je devais revenir en arrière, je l'aurais gardé"


Sur www.ivg.net, on trouve aussi des témoignages qui dans leur écrasante majorité, parlent de détresse psychologique. Par exemple, "Magalie, 18 ans", conclut son récit par ces mots: "chaque jour, ma douleur ne cesse de s'agrandir. Si je devais revenir en arrière, je l'aurais gardé".

"On n'attaque plus directement le droit à l'avortement, les argumentations sont travaillées", décrypte Marie-Pierre Martinet, directrice générale du Planning familial.

"Ce n'est plus la légalité qui pose problème aujourd'hui mais la légitimité" de l'avortement, explique Nathalie Bajos, pointant notamment la culpabilisation latente des femmes sur le sujet, dans un pays qui a pourtant légalisé l'avortement il y a 38 ans.

Enceinte fin octobre, Jennie, 29 ans, hésite à avorter. Après une recherche sur internet, elle compose un peu au hasard le numéro d'"ivg.net".


Manifestation anti-avortement à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, en mars 2012 (photo: AFP / Pierre Andrieu)
AFP / Pierre Andrieu

Au bout du fil, "Aude" -"voix chaleureuse", "mots doux"- lui demande "très vite si c'est une décision mûrement réfléchie". Puis: "il n'y a pas une petite voix au fond de vous qui vous dit que vous avez envie de le garder ?", "quelque part vous vous sentez déjà mère".

"Je me suis mise à pleurer", raconte Jennie.

Son interlocutrice va même jusqu'à lui dire que le cœur du fœtus de deux semaines, est déjà en train de battre, ce qui en réalité ne se produit qu'à partir de quatre semaines de grossesse.

Au final, "Aude" lui dit de "prendre son temps", de "bien réfléchir".

Intriguée par ce discours, Jennie a eu finalement le sentiment qu'on lui avait "retourné la tête". Elle a écrit au ministère des Droits des femmes pour réclamer un numéro national officiel d'information.

Certains sites sont "extrêmement trompeurs", reconnaît la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Elle devait rencontrer début février les associations de défense du droit à l'avortement pour définir "une stratégie internet pour que chacun puisse trouver une information complète".

Concrètement, il s'agit d'aider "d'autres sites plus respectueux de ce droit fondamental" à être plus visibles sur le web, dit-elle, comme celui du Planning familial, qui se définit explicitement comme "un mouvement militant" défendant "le droit à la contraception et à l'avortement".


Manifestation anti-avortement devant l'hôpital Tenon, à Paris, en décembre 2012 (photo: AFP / Fred Dufour)
AFP / Fred Dufour

"L'idée, ce sera sans doute l'ouverture d'un site internet dédié et la possible création d'un numéro" de téléphone, tous deux "labellisés" par le ministère, précise-t-elle.

Car plusieurs autres sites, se présentant comme des plateformes d'information sur l'avortement et la contraception et d'aide aux femmes enceintes, usent du même discours dissuasif, comme www.ecouteivg.org, ou encore www.sosbebe.org, service d'écoute d'Alliance Vita.

Cette dernière connaît une certaine notoriété depuis les premières manifs contre le mariage homosexuel cet automne.

Sur www.sosbebe.org, son nom n'apparaît nulle part. A aucun endroit, il n'est explicitement déconseillé d'avorter.

Mais "par une écoute authentique des personnes, on les aide à trouver toutes les forces qu'il faut pour que, dans la mesure du possible, elles évitent cet acte", explique Tugdual Derville, délégué général de l'association, qui refuse d'être qualifiée d'"anti-avortement".

"C'est un terme très violent", plaide la chargée de communication, qui demande aussi aux journalistes d'éviter de rappeler que le mouvement a été fondé en 1993 par Christine Boutin. Il s'appelait alors "Alliance pour les Droits de la vie".

Quand Xavier Dor qualifie l'avortement de "crime", M. Derville préfère parler d'"un choix qui n'est pas le nôtre". "On ne veut pas être obsédés par un sujet", ajoute-t-il. L'association prend également position sur l'euthanasie et la bioéthique, avec des credo consensuels: "pour le respect de la vie", "solidaire des plus fragiles".


Témoignages sur le site ivg.net

Très soucieuse de son image, Alliance Vita prend soin de se démarquer des anti-avortement plus traditionnels, comme le collectif "En marche pour la vie", composé d'une dizaine d'associations, dont "SOS Tout-Petits", "La trêve de Dieu" ou "Laissez les vivre", qui organise chaque année, fin janvier, une manifestation.

Cette marche prend pour modèle la "March for Life" de Washington, organisée au même moment depuis janvier 1973, date de la légalisation de l'avortement aux Etats-Unis.

"Nous n'avons aucun lien" avec la "Marche pour la vie", plaide la chargée de communication d'Alliance Vita. Pourtant, son délégué général Tugdual Derville a défilé en janvier 2012. Sur le site de l'association, deux billets mettent en avant la Marche de l'an dernier. Et sur son blog, le président d'Alliance Vita, Xavier Mirabel, se félicite du "succès" de la manifestation (7.000 participants selon la police, 30.000 selon les organisateurs).


Lobbying européen


En plus de sa présence sur internet, Alliance Vita, 1,6 million d'euros de budget annuel, 1.000 "bénévoles" et "37.000 donateurs", "fait des conférences", rencontre "des décideurs"... Et le lobbying n'est pas que national. Il est aussi européen. Depuis deux ans, une "semaine pour la vie" est d'ailleurs organisée au Parlement de Strasbourg.

En 2010, sous la pression des anti-IVG, le Conseil de l'Europe a élargi la possibilité pour un soignant d'user de l'objection de conscience, qui lui permet de refuser de pratiquer un avortement.

Venue à Strasbourg, Alliance Vita avait remis une pétition de 26.000 signataires attachés à la clause de conscience.

Même si les pays européens restent souverains en matière de santé, cet exemple inquiète les défenseurs du droit à l'IVG. Une inquiétude renforcée par la nomination récente et controversée du Maltais Tonio Borg (photo ci-dessous), opposé à l'avortement, comme commissaire européen à la Santé.


Le commissaire européen à la Santé, le Maltais Tonio Borg, lors d'une conférence de presse le 6 décembre 2012 à Bruxelles (photo: AFP / Georges Gobet)
AFP / Georges Gobet

"Il y a une meilleure coordination dans la stratégie des anti-avortement", relève Neil Datta, du Forum parlementaire européen sur la population. "Désormais, on entend peu de messages contre l'IVG, c'est plus fin que cela, ils veulent promouvoir la vie, la dignité humaine, mais aussi le soutien à la famille ou la liberté religieuse...", poursuit-il.

Les anti-avortement ont notamment élaboré un document intitulé "les articles de San José", traduit en plusieurs langues, "qui est désormais leur credo", raconte M. Datta.
Son premier article affirme qu'"il est de fait scientifique qu'une nouvelle vie humaine commence dès la conception".

Les anti-IVG souhaitent que ce texte soit cité dans les débats parlementaires de chaque pays et espèrent ainsi influer sur les politiques nationales. "Ils l'ont par exemple présenté en octobre devant le Parlement letton à Riga", souligne M. Datta.


Bataille juridique


Selon lui, les anti-avortement sont également de plus en plus actifs sur le plan juridique: "Ils ont des professionnels qui contribuent aux travaux de la Cour européenne des droits de l'Homme"

Grégor Puppinck, du Centre européen pour le droit et la justice, est souvent cité comme l'un des lobbyistes les plus influents. "Nous intervenons pour nous opposer à l'idée que l'avortement est un droit de l'Homme et pour promouvoir la défense de la vie", explique-t-il. "Face à nous existent des lobbys cent fois plus puissants", assure-t-il, citant notamment le Planning familial mondial.

Aux Etats-Unis, où le débat est bien plus passionné qu'en France, veillées de prières et manifestations sont toujours d'actualité. Mais comme en Europe, les associations combattent de plus en plus sur le terrain législatif.

"Au niveau des Etats, les conservateurs ont passé en 2011 et 2012 un nombre record de lois restreignant l'accès à l'avortement" (92 en 2011, 43 en 2012), note Joerg Dreweke, porte-parole du Guttmacher Institute, organisme de recherche sur la santé sexuelle et la reproduction.

Ces lois "s'attaquent autant aux femmes -en leur rendant plus difficile l'accès à l'IVG en réclamant par exemple des périodes de réflexion plus longues- qu'aux cliniques". Ces dernières font de plus en plus l’objet de réglementations tatillonnes qui leur imposent, par exemple, un nombre minimal de places de parking, une largeur standard pour les portes et couloirs ou une surface minimale pour les salles d’examen. Des normes qui, accusent les pro-avortement, visent à forcer la fermeture des nombreux établissements incapables de réaliser les travaux nécessaires.

Une nouvelle tendance, qui remporte des succès, consiste aussi à faire pression pour que les assurances santé ne remboursent pas l'avortement, ajoute-t-il.

(avec Fabienne FAUR à Washington)


Manifestation anti-avortement pendant la convention démocrate à Charlotte, en Caroline du Nord (Etats-Unis), le 5 septembre 2012 (photo: AFP / Robyn Beck)
AFP / Robyn Beck