Un océan d'ailerons de requin





Des milliers d'ailerons de requin sèchent sur un toit à Hong Kong (photo: AFP / Antony Dickson)
AFP / Antony Dickson

HONG KONG – Sur le toit d’une usine de Kennedy Town, dans l’ouest de l’île de Hong Kong, entre 15.000 et 20.000 ailerons de requin sèchent au soleil. Ils serviront à confectionner des soupes traditionnelles, très prisées en Chine pour les grandes occasions. Ce commerce lucratif, dont Hong Kong est la principale plaque tournante, est dénoncé par les associations de défense de l’environnement comme dévastateur pour la population mondiale de squales.

«Des photos de cette scène incroyable circulaient depuis un certain temps sur les réseaux sociaux», raconte Antony Dickson, l’auteur de ces images. «J’ai pris contact avec des militants pour la défense de l’environnement. Ils nous ont donné rendez-vous, à moi et à quelques confrères, au pied d’un bâtiment industriel de Kennedy Town. Après un voyage en ascenseur, nous sommes arrivés sur le toit. Deux employés qui se trouvaient là ont déguerpi en nous voyant. Tout ça s’est fait de façon clandestine, mais personne ne nous a barré la route».


Des milliers d'ailerons de requin sèchent sur un toit à Hong Kong (photo: AFP / Antony Dickson)
AFP / Antony Dickson

«C’était surréaliste. J’avais déjà vu de nombreuses fois des ailerons de requin sur les étals des marchés de Hong Kong, mais jamais une telle profusion. Il faisait beau et relativement sec. J’imagine que c’est la saison idéale pour faire sécher les ailerons. Je suis resté une vingtaine de minutes sur le toit, après quoi je suis redescendu et je suis monté tout en haut de l’immeuble d’en face pour prendre des vues d’ensemble. Vue de loin, la scène dépassait encore plus l’entendement. Le commerce du requin est parfaitement légal à Hong Kong. Mais en voyant ces milliers d’ailerons posés les uns à côté des autres, sur plusieurs niveaux, on ne peut s’empêcher d’être estomaqué. Je me suis demandé avec quelle fréquence ont lieu ces séchages massifs: une fois par an ? Une fois par semaine ?»


Des milliers d'ailerons de requin sèchent sur un toit à Hong Kong (photo: AFP / Antony Dickson)

Les campagnes des ONG  contre le «finning» - pratique qui consiste à ne pêcher le requin que pour ses ailerons, le reste de l'animal étant rejeté à la mer - ont porté leurs fruits à Hong Kong ces dernières années. Plusieurs grands hôtels internationaux ont banni ce mets de leurs menus, et la compagnie aérienne Cathay Pacific refuse désormais de transporter des ailerons de requin dans ses avions cargo. En revanche, le commerce des ailerons reste florissant dans le reste de la Chine. A Hong Kong, les ailerons étaient autrefois mis à sécher à même les trottoirs mais, selon les défenseurs de l’environnement, cette pratique s’est déplacée sur les toits par crainte des réactions négatives du public.

«J’ai fini par me faire chasser du toit par des vigiles», poursuit Antony Dickson. «Mais un autre photographe de l'AFP y est retourné le jeudi 3 janvier. La publication des photos dans les médias a dû entretemps faire peur aux propriétaires, car il ne restait plus rien sur place: tous les ailerons avaient été enlevés».


Des ailerons de requins séchés en vente dans une boutique de Hong Kong (photo: AFP / Antony Dickson)
AFP / Antony Dickson