Clin d’œil à la théorie du complot


Par Saul LOEB





(Tous les jours jusqu'à la fin de l'année, le making-of d'une photo insolite de 2012)


Photo: AFP / Saul Loeb
AFP / Saul Loeb

WASHINGTON – Une fois par an, les plus grandes stars de Hollywood, les correspondants accrédités à la Maison Blanche et tout le gratin de Washington se mélangent le temps d’une soirée glamour, tape-à-l’œil et débonnaire. Officiellement, le dîner annuel de l’Association des correspondants de la Maison Blanche a pour but de rendre hommage au travail des journalistes. Mais depuis fort longtemps, il est surtout connu pour la tradition qui l’accompagne : les pitreries auxquelles se livre le président des Etats-Unis en personne pendant son discours.

Pendant que les George Clooney, les Lindsey Lohan ou les Kim Kardashian sont assis aux côtés des personnages moins connus issus des journaux, des chaînes de télévision et des agences de presse qui rendent compte au quotidien de l’actualité de la Maison Blanche, le président se livre à un monologue hilarant et ravageur dont peu de gens, y compris lui-même, sortent indemnes.

En 2012, le président Barack Obama est vite entré dans le vif du sujet.

Depuis l’époque où il a annoncé sa candidature à la présidence, en 2007, il est pris pour cible par des théoriciens du complot surnommés « birthers ». Ces derniers appartiennent à la frange la plus radicale de la droite (un des plus célèbres d’entre eux est le milliardaire Donald Trump). Ils ne cessent d’insinuer qu’Obama n’a pas vu le jour à Hawaii, comme le mentionne son acte de naissance, mais au Kenya, le pays d’origine de son père. Leur obsession est de démontrer qu’Obama n’a pas le droit d’être président: en vertu de la constitution des Etats-Unis, seuls ceux qui sont nés sur le sol américain sont habilités à exercer la magistrature suprême.

Même si tous les registres démontrent sans équivoque qu’Obama est bien né à Hawaii, les «birthers» n’ont jamais démordu de leur théorie. L’affaire est depuis longtemps un sujet de plaisanterie aux Etats-Unis. Même le président s’autorise de temps en temps un brin d’autodérision sur la question.

«En cette période présidentielle, a commencé Obama, je vais me présenter de nouveau aux Américains». Bien sûr, j’ai immédiatement compris où il voulait en venir. Je me tenais accroupi par terre, juste devant l’estrade d’où il s’exprimait. Un de mes appareils était fermement cadré en gros plan sur son visage, prêt à saisir son expression quand il lancerait la chute de sa plaisanterie.

«Je m’appelle Barack Obama, a-t-il poursuivi. Ma mère est née au Kansas. Mon père est né au Kenya. Et moi, bien sûr, je suis né à Hawaï».

Je m’attendais à ce que le président nous gratifie alors d’un de ces sourires géants qui le caractérisent. Mais à la place, il a surpris tout le monde avec ce clin d’œil théâtral, complètement exagéré. Pour Obama, c’était une chute idéale pour sa plaisanterie, qui a déclenché les éclats de rire et les applaudissements du public. Et pour moi, cela a donné une magnifique photo.


Photo: AFP / Saul Loeb
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