Festival de chameaux dans l'aube au Rajasthan
Par Roberto SCHMIDT
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AFP / Roberto Schmidt
PUSHKAR (Inde) – Se rendre à Pushkar pendant la foire annuelle aux chameaux, c’est se retrouver dans un immense théâtre à l’air libre. Un contraste étrange entre la majesté du paysage désertique, la blancheur des tuniques des éleveurs et la flamboyance de leurs turbans. Certains chameaux sont même parés pour impressionner les visiteurs, dont les centaines de touristes qui déferlent de leurs autocars, caméra au poing.

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J’ai couvert la foire aux chameaux pendant quatre jours fin novembre. Je me réveillais chaque matin avant l’aube. A cette époque de l’année, le jour ne se lève pas avant six heures du matin. Cela m’a permis de photographier les éleveurs qui commençaient leur journée en s’agglutinant autour d’un feu pour se réchauffer dans l’air glacé du désert.

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La nuit, des centaines d’éleveurs s’enroulent dans des couvertures et dorment à même le sol sous leurs charrettes, tout en gardant un œil sur les chameaux. Peu à peu, la légère lueur bleue de l’aube se mue en or éclatant. La lumière au lever du soleil et la brume poussiéreuse qui domine le désert à cette heure de la journée apportent à chaque image une teinte formidable, chaleureuse.

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C’est un plaisir de se faufiler entre les chameaux et de créer d’étranges silhouettes avec les ombres de leurs bosses et de leurs longs cous. Ce sont des animaux amusants à photographier. Il n’est pas rare, alors qu’on est en train de prendre des images d’un troupeau, de soudainement sentir le museau de l’un d’entre eux qui, piqué par la curiosité, vient vous renifler…

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Plus son troupeau est petit, plus un éleveur fait d’efforts pour mettre ses chameaux en valeur et attirer les acheteurs. Certains se donnent un mal fou pour décorer leurs bêtes. Ils accrochent des fleurs en plastique à leurs museaux, ornent leurs pattes de chaînes étincelantes, ou dessinent des motifs dans leur fourrure à la tondeuse.

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Les acheteurs prennent bien le temps d’observer les chameaux. Et puis le marchandage commence. Après des discussions endiablées et tonitruantes, vendeur et acheteur s’entendent sur un prix (en général à partir de 9.000 roupies, soit environ 130 euros).

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Il est facile de s’enthousiasmer, de s’abandonner à l’émerveillement face à cette avalanche de stimulations sonores et visuelles. Mais la réalité, c’est que le nombre de chameaux vendus diminue drastiquement chaque année.

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Les habitants de Pushkar se rappellent d’années au cours desquelles jusqu’à 25.000 chameaux changeaient de mains pendant la semaine de foire. Aujourd’hui, ce nombre a diminué de moitié. Les autochtones expliquent que le coût, pour nourrir un chameau, est de plus en plus élevé : une grande partie du fourrage doit être amené de l’extérieur de la province au climat semi-aride.

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Ce problème n’existait pas il y a dix ans, quand la déforestation n’avait pas encore fait autant de ravages. Pour un fermier, acheter un tracteur s’avère plus rentable sur le long terme que d’entretenir un troupeau de chameaux. J’ai été le témoin d’une tradition et d’un mode de vie qui, peut-être, s’éteindra bientôt.

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