Par Céline SERRAT
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AFP / Aris Messinis
PARIS - Le photographe grec Aris Messinis, qui couvre pour l'AFP la crise de son pays et les manifestations quotidiennes de la place Syntagma à Athènes, a aussi démontré son talent en Libye et vu son travail sur la bataille de Syrte récompensé samedi 13 octobre par le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.
Pour ce professionnel de l'image de 35 ans, le conflit libyen a été le premier théâtre de guerre. Il s'y est rendu à deux reprises pour des missions d'un mois: d'abord au printemps puis à l'automne de 2011. C'est au cours de ce deuxième voyage qu'il photographie la bataille de Syrte opposant les derniers carrés des partisans kadhafistes aux forces du Conseil national de transition, quelques jours avant la mort du dictateur.
"Ca a été une expérience effrayante, il faut prendre beaucoup de risques", se rappelle-t-il "mais cela fait partie de notre travail en tant qu'agenciers, nous devons tout photographier, nous devons faire notre devoir d'informer".

AFP / Aris Messinis
De cette expérience de l'autre côté de la Méditerranée, il retient "la passion des gens pour la liberté et la tristesse de tant de vies perdues". "J'ai beaucoup travaillé là-bas avec un autre photographe, Manu Brabo, qui a aussi été récompensé par le prix Bayeux, c'est important d'avoir un co-équipier dans ces situations dangereuses", raconte le journaliste grec.
L'une de ses images de la bataille de Syrte a largement fait le tour du monde: il s'agit d'un homme jouant d'une guitare au milieu d'une scène de fusillade (photo de tête). Aris Messinis a raconté en octobre 2011 sur la page Facebook de l'AFP comment il a pris cette image.

AFP / Aris Messinis
Depuis la Libye, celui qui a hérité du goût du métier par son père, lui aussi photographe de presse, est reparti en Syrie pour l'AFP (ci-dessus: un rebelle à Alep en août 2012). "Je vais probablement y retourner prochainement", confie-t-il.
De retour de mission à l'étranger, Aris Messinis retrouve les affres de son pays abimé par la crise économique et les manifestations quasi-quotidiennes sur la place centrale d'Athènes. "Aris a une capacité d'analyse des situations vraiment extraordinaire et je vais toujours le consulter avant d'aller couvrir une manifestation sur la place Syntagma", témoigne Isabel Malsang, la directrice du bureau de l'AFP à Athènes. "Il connaît sa ville comme sa poche, a des contacts partout, il sait anticiper sur ce qui va se passer", ajoute la journaliste qui décrit Aris Messinis comme un homme "adorable mais qui peut avoir le sang chaud".

AFP / Aris Messinis
Pour Benjamin Fathers, responsable photo à Paris pour l'AFP, Aris Messinis est "un caractère fort, indépendant" qui "cherche toujours à progresser, à repousser ses limites dans le travail". "Il a beaucoup donné depuis le début de la crise grecque, notamment en étant très présent dans les manifestations". Isabel Malsang confirme: "Il va aux manifestations avec son casque et son masque à gaz, il est au plus près".
Son suivi de l'actualité grecque, et notamment des manifestations parfois violentes contre les mesures drastiques d'austérité, a d'ailleurs été récemment exposé à Perpignan au festival Visa pour l'image.

AFP / Aris Messinis
Aris Messinis a débuté dans une petite agence de presse grecque spécialisée dans les sports en 1996. Il a ensuite travaillé comme freelance pour l'agence américaine Associated Press, puis pour l'AFP à partir de 2003. Il est photographe permanent au bureau de l'AFP à Athènes depuis 2006. Si son travail de reporter de guerre est désormais reconnu, Aris Messinis ne veut pas minimiser les autres pans de l'actualité. Pour lui, "toute histoire est une bonne histoire, du sport à la politique en passant par l'architecture".
"Ce prix est une bonne surprise et une motivation, mais la vie continue, nous devons faire notre travail de la même manière, comme si on débutait chaque jour".
En décembre 2010, Aris Messinis avait photographié à plusieurs reprises un chien errant qui se promenait dans les manifestations contre l’austérité à Athènes, se faufilant entre policiers et protestataires lors des affontements ou aboyant sur les forces anti-émeutes. L’animal, surnommé Loukanikos (saucisse) par les photographes, deviendra un emblème planétaire de la contestation sociale, grâce au magazine Time qui en fera une de ses "personnalités de l’année" en 2011…

AFP / Aris Messinis

AFP / Aris Messinis
Voici d'autres aperçus du travail du photographe. De haut en bas : un manifestant contre la venue de la chancelière allemande Angela Merkel à Athènes le 9 octobre 2012, le défilé du 1er mai 2012 toujours à Athènes, un camp de réfugiés syriens dans le sud de la Turquie en août 2012, dans un hôpital à Alep (Syrie) également en août 2012.

AFP / Aris Messinis

AFP / Aris Messinis

AFP / Aris Messinis

AFP / Aris Messinis

AFP / Aris Messinis
Et pour finir, quelques photos d'Aris Messinis au travail, prises par ses collègues photographes: la première et la dernière en Libye, celle du milieu à Athènes.

Bela Szanderzky

Milos Bicanski


2 réactions
1 De Juan - 16/10/2012, 14:46
Correction: le nom du photographe espagnol est Manu Brabo, pas 'Brado'. : )
2 De Roland de Courson - 16/10/2012, 17:49
C'est corrigé. Merci !
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