AFP / Massoud Hossaini
AFP / Massoud Hossaini

Le photographe de l'AFP à Kaboul Massoud Hossaini a été distingué le 16 avril à New York par un prix Pulitzer, l'une des récompenses américaines les plus prestigieuses en matière de journalisme, pour cette photo d'une fillette en pleurs, Tarana, après un attentat suicide dans la capitale afghane le 6 décembre 2011.

Massoud Hossaini, 30 ans, couvrait une procession chiite lorsqu'un kamikaze s'est fait exploser.

"Il y a eu une énorme explosion. Je n'ai d'abord rien compris, j'ai juste eu mal partout, je suis tombé par terre. J'ai vu tout le monde s'échapper en courant, ma main saignait mais je n'avais pas mal. C'est mon travail de savoir ce qui se passe alors j'ai couru en sens inverse. Quand la fumée s'est dissipée, j'ai vu que j'étais debout au milieu de cadavres, les uns sur les autres. J'étais exactement là où le kamikaze se trouvait. J'ai appuyé sur le bouton, je pleurais. C'est bizarre, je n'avais jamais réagi ainsi avant. Je n'aidais personne. Je ne le pouvais pas, j'étais sous le choc. Je savais qu'il fallait que je couvre ça, que je témoigne de cette douleur, des gens qui couraient, pleuraient, se frappaient la poitrine en criant "A mort Al-Qaïda !", "A mort les talibans !"

Massoud Hossaini (photo: AFP / Johannes Eisele)

"J'ai tout vécu, j'étais là avant, pendant, après l'événement. J'ai été blessé. La première et la seconde nuit, j'ai eu du mal à dormir. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais la scène, je me demandais ce que j'aurais pu faire pour aider ces gens, pourquoi je n'avais aidé personne. Et puis le troisième jour, l'émotion s'est apaisée parce que j'ai vu que la photo était publiée partout, elle a eu de l'impact. Dieu merci j'étais là et j'ai pu envoyer la photo aussi vite que possible.""Je me suis tourné et j'ai vu la petite fille. Quand Tarana s'est rendue compte de ce qui venait d'arriver à son frère, ses cousins, ses oncles, sa mère, sa grand-mère, les gens autour d'elle, elle ne s'arrêtait pas de hurler. Elle a fait d'autres choses mais sur mes photos, elle ne fait que hurler. Cette réaction de choc, c'est ce que je voulais montrer."

"Je suis né au mauvais endroit, l'Afghanistan, j'ai grandi au mauvais endroit, l'Iran, je vis maintenant au mauvais endroit, Kaboul. Ma famille a quitté l'Afghanistan quand j'étais bébé, à cause de la guerre, et la vie a été  difficile. Avant c'était la pauvreté et la paix, ensuite une meilleure vie mais la guerre. La plupart des gens ont connu la guerre tout au long de leur vie mais pas moi en Iran. Ici, tout est guerre. Je suis en communion avec les gens, je pleure avec eux, j'ai mal avec eux, je fais partie d'eux. Avant, j'étais photographe et ils étaient des sujets (de photos). Maintenant, ils sont mon sujet de photo mais je suis avec eux, je fais partie d'eux, je souffre quand ils souffrent."

"Comme tout le monde, je veux quitter l'Afghanistan et vivre mieux ailleurs mais c'est compliqué. Si je m'en vais, que vais-je faire ? Je veux faire tout mon possible pour l'Afghanistan, montrer la réalité, c'est dur mais je veux la montrer. Mais c'est dur. Quelquefois, je voudrais aller travailler ailleurs, y exercer mon métier, mais sans que cela fasse mal".

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