Par Tupac POINTU






La première dépêche de l'AFP, le 20 août 1944 (AFP)

La première dépêche de l'AFP, le 20 août 1944 (AFP)


PARIS, 20 août 2014 - Voici la première dépêche de l'Agence France-Presse, publiée il y a soixante-dix ans, le dimanche 20 août 1944. L'insurrection de Paris a été lancée la veille. Réinvestir les médias, sous contrôle allemand durant la guerre, est un objectif prioritaire de la Résistance. Assoiffés d'information après quatre ans de censure et de propagande, les Parisiens vont s'arracher les premiers quotidiens libres.

Parmi les objectifs des insurgés, l'agence de presse Havas. Fondée en 1835, elle a été mise sous tutelle allemande en juin 1940 et transformée par le régime de Vichy en Office français d'information (OFI). Le 20 août, au petit matin, huit journalistes résistants (Claude Martial Bourgeon, Basile Tesselin, Gilles Martinet, Claude Roussel, Pierre Courtade, Jean Lagrange, Max Olivier et Vincent Latève) se retrouvent devant le siège de l'agence, au 13, place de la Bourse. A quelques centaines de mètres, place de l'Opéra, se trouve encore un Q.G. allemand.


Les huit fondateurs de l'AFP. De gauche à droite et de bas en haut: Claude Martial-Bourgeon, Basile Tesselin, Jean Lagrange, Pierre Courtade,Max Olivier-Lacamp, Vincent Lateve, Gilles Martinet et Claude Roussel (AFP)

Les huit fondateurs de l'AFP. De gauche à droite et de haut en bas: Claude Martial-Bourgeon, Basile Tesselin, Jean Lagrange, Pierre Courtade,Max Olivier-Lacamp, Vincent Lateve, Gilles Martinet et Claude Roussel (AFP)


"Je suis monté dans cette agence où j'avais fait mes débuts de jeune journaliste. J'ai prononcé les paroles: au nom de la République, nous prenons possession!", témoignait Gilles Martinet en avril 1996. "Rapidement, nous avions mis en marche l'Agence, envoyé des reporters à l'Hôtel de Ville, à la Préfecture de police, et un peu partout dans Paris. Les téléscripteurs fonctionnaient, la plupart des journaux se trouvaient dans cette partie de Paris, libérée des Allemands: nous avons pu envoyer très vite notre premier télégramme". Gilles Martinet deviendra par la suite le premier rédacteur en chef de l'AFP.

L'Agence doit se remettre au travail car les quotidiens "réclament des informations pour pouvoir paraître le lendemain", écrit Xavier Baron, journaliste de l'AFP à la retraite, dans son livre sur l'histoire de l'agence Le Monde en direct (La Découverte), à paraître le 28 août. A 11H30, la première dépêche voit le jour avant d'être distribuée par des cyclistes: "Les premiers journaux libres vont paraître. L'Agence française de presse leur adresse son premier service".


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Durant la semaine d'insurrection du 19 au 26 août 1944, les Parisiens découvrent les premiers journaux libres (AFP)


"Même si, officiellement, l'AFP est née le 30 septembre 1944 avec l'ordonnance de De Gaulle, le 20 août 1944, c'est la date fondatrice de l'Agence France-Presse", poursuit Xavier Baron. "L'AFP, c'est la fusion de l'AFI, de France-Afrique, de l'AID et de Supernap", agences et réseau de la France combattante. Ces journalistes, venus d'horizons différents, étaient unis et animés par "une passion de l'indépendance" pour faire renaître "une grande agence mondiale française".

"Ils y parviendront, en dépit de l'"effondrement de la France", insiste l'auteur. "Il faut voir qu'à l'époque, presque tous les bureaux (à l'étranger, NDLR) étaient fermés, c'était le dénuement total!" D'autant que durant la Seconde Guerre mondiale, les agences concurrentes anglo-saxonnes Reuters et Associated Press ont continué de fonctionner normalement.

"En plus de ça, c'étaient les agences des pays vainqueurs, donc elles avaient tout pour s'imposer et Havas n'était plus rien! Toute cette équipe a retroussé ses manches et s'est lancée à la conquête du monde. Les hommes et les femmes de 1944 avaient une sacrée ambition!", insiste Xavier Baron. "Cette génération et l'esprit de la Résistance ont profondément marqué l'histoire de l'AFP".

Ces journalistes, arrivés très jeunes, ont ensuite occupé des postes de direction et de correspondants à l'étranger jusque dans les années 1970. Ce fut le cas notamment de Claude Martial-Bourgeon, membre du "groupe des huit", qui fut le premier directeur général de l'AFP, suivi par Maurice Nègre et Jean Marin, PDG de l'agence jusqu'en 1975.


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Les Parisiens lisent les premiers journaux libres (AFP)


Tupac Pointu est journaliste à la rubrique médias de l'AFP à Paris.