Par Katia DOLMADJIAN





La chanteuse et poète américaine Patti Smith prend une photo à l'aide d'un vieil appareil Polaroid à la gare Saint-Charles de Marseille, dans le sud de la France, en novembre 2011 (photo: AFP / Gérard Julien)
AFP / Gérard Julien

PARIS - On croyait la photographie argentique et le bon vieux Polaroid définitivement enterrés par le numérique, ou du moins réservés à une poignée de puristes... mais c'était sans compter la vague vintage qui n'épargne pas le secteur des nouvelles technologies.

Marre d'Instagram et de ses filtres qui patinent artificiellement les photos? Assez des images parfaites issues de boîtiers numériques toujours plus sophistiqués? Des clichés qui n'existent plus que sur écran?

La réponse est la photographie estampillée "lo-fi" pour "low fidelity", en opposition à "hi-fi", mouvement qui ne fait que dans les couleurs saturées, l'image floue, le grain hasardeux et les contrastes impossibles à régler.

Bref, un concentré de brut et d'expérimental qui caractérise depuis des décennies le Polaroid, le légendaire boîtier-cracheur de photo papier. Ce symbole "hightech" des années 1970 est en train d'opérer un retour très remarqué dans les brocantes, sur internet et entre les mains des plus jeunes générations.


Des appareils Polaroid sont exposés dans l'Espace Impossible Project à Paris le 5 février 2013 (photo: AFP / Eric Piermont)
AFP / Eric Piermont

"Il y a ce charme et cet attrait pour une image qui, pour une fois, n'est pas sur un écran", d'ordinateur ou d'appareil numérique, résume Jacques Hémon, directeur de l'Observatoire des professions de l'image.

"Si le Polaroid revient sur le devant de la scène c'est grâce à son image immédiatement imprimée, imparfaite, qui matérialise l'inspiration du moment. On a beau être habitués aux photos imprimées, voir se matérialiser une image reste fascinant", souligne-t-il.

En 75 ans d'existence, la société Polaroid Corporation en a pourtant vu de toutes les couleurs: son fondateur commercialise dès 1948 un appareil au procédé unique de développement instantané, qui se vendra par dizaines de millions dans le monde.

Mais la société s'endette, négocie mal le tournant vers le numérique et finit par faire faillite et cesse sa production en 2007.

C'était sans compter sur une poignée de salariés de l'usine Polaroid d'Enschede, aux Pays-Bas, qui refusent de jeter l'éponge et rachètent les machines avec l'idée de relancer la production de films.


un opérateur range des films Polaroïd dans le Impossible Project Space Paris le 5 février 2013 (Photo: AFP/ Eric Piermont)

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Baptisé "The Impossible Project", le collectif néerlandais met au point une nouvelle formule chimique et lance sous son nom en 2010 une première série de films pour Polaroids.

Le succès est immédiat: "Nous avons vendu 500.000 packs (contenant chacun 8 films, vendus au prix moyen de 20 euros) en 2010, 750.000 en 2011 et presque 1 million en 2012", se félicite une porte-parole d'"Impossible project".

Cerise sur le gateau, les films du collectif tout comme les appareils d'époque qu'elle récupère et remet en état, sont désormais en vente sur le site même de Polaroid, marque reprise en 2009 par des fonds d'investissements.

Et pour montrer qu'un photographe pouvait être à la fois moderne ou vintage, Polaroid a d'ailleurs lancé il y a quelques mois un un appareil compact numérique intégrant l'impression papier instantanée... mais actuellement en rupture de stock sur le site officiel.

Parallèlement au retour en grâce du Polaroid, la photographie argentique, avec ses réglages manuels et sa bonne vielle pellicule, n'est pas en reste, comme le montre le mouvement "Lomographie", dont le site revendique aujourd'hui une communauté de centaines de milliers de fans dans le monde.


Une vente aux enchères de vieux Leica le 28 mai à Vienne (AFP/Samuel Kubani)
AFP/Samuel Kubani

Le terme "Lomo" est à l'origine un petit appareil photo rudimentaire au boîtier plastique, commercialisé dans les années 1980 par la marque soviétique Leningradskoïe Optiko Mekhanitchéskoïe Obiedinenie (soit l'Union des Optiques et Mécaniques de Saint-Pétersbourg).

"Ces appareils emblématiques offrent une approche plus instinctive de la photo. La Lomographie a recyclé le désir de repères autour d'une photographie qui a pu être oubliée par la génération des Digital Natives, qui ont toujours pu photographier frénétiquement grâce au numérique: privées d'une culture technique, elles se réintéressent à présent aux valeurs fondatrices de la photo", estime Jacques Hémon.

Les "Lomo" d'origine s'arrachent aujourd'hui à prix d'or, tout comme d'autres modèles d'époque devenus cultes, le Diana et le Holga, commercialisés à l'origine à Hong Kong. Des appareils à l'allure de gadget ou de jouet aujourd'hui plébiscités par les puristes... qui n'hésitent cependant pas à les parer de filtres couleur ou d'objectifs "fisheye", pour un effet loupe très tendance.