Par Katia DOLMADJIAN
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AFP / Gérard Julien
PARIS - On croyait la photographie argentique et le bon vieux Polaroid définitivement enterrés par le numérique, ou du moins réservés à une poignée de puristes... mais c'était sans compter la vague vintage qui n'épargne pas le secteur des nouvelles technologies.
Marre d'Instagram et de ses filtres qui patinent artificiellement les photos? Assez des images parfaites issues de boîtiers numériques toujours plus sophistiqués? Des clichés qui n'existent plus que sur écran?
La réponse est la photographie estampillée "lo-fi" pour "low fidelity", en opposition à "hi-fi", mouvement qui ne fait que dans les couleurs saturées, l'image floue, le grain hasardeux et les contrastes impossibles à régler.
Bref, un concentré de brut et d'expérimental qui caractérise depuis des décennies le Polaroid, le légendaire boîtier-cracheur de photo papier. Ce symbole "hightech" des années 1970 est en train d'opérer un retour très remarqué dans les brocantes, sur internet et entre les mains des plus jeunes générations.

AFP / Eric Piermont
"Il y a ce charme et cet attrait pour une image qui, pour une fois, n'est pas sur un écran", d'ordinateur ou d'appareil numérique, résume Jacques Hémon, directeur de l'Observatoire des professions de l'image.
"Si le Polaroid revient sur le devant de la scène c'est grâce à son image immédiatement imprimée, imparfaite, qui matérialise l'inspiration du moment. On a beau être habitués aux photos imprimées, voir se matérialiser une image reste fascinant", souligne-t-il.
En 75 ans d'existence, la société Polaroid Corporation en a pourtant vu de toutes les couleurs: son fondateur commercialise dès 1948 un appareil au procédé unique de développement instantané, qui se vendra par dizaines de millions dans le monde.
Mais la société s'endette, négocie mal le tournant vers le numérique et finit par faire faillite et cesse sa production en 2007.
C'était sans compter sur une poignée de salariés de l'usine Polaroid d'Enschede, aux Pays-Bas, qui refusent de jeter l'éponge et rachètent les machines avec l'idée de relancer la production de films.

AFP / Eric Piermont
Baptisé "The Impossible Project", le collectif néerlandais met au point une nouvelle formule chimique et lance sous son nom en 2010 une première série de films pour Polaroids.
Le succès est immédiat: "Nous avons vendu 500.000 packs (contenant chacun 8 films, vendus au prix moyen de 20 euros) en 2010, 750.000 en 2011 et presque 1 million en 2012", se félicite une porte-parole d'"Impossible project".
Cerise sur le gateau, les films du collectif tout comme les appareils d'époque qu'elle récupère et remet en état, sont désormais en vente sur le site même de Polaroid, marque reprise en 2009 par des fonds d'investissements.
Et pour montrer qu'un photographe pouvait être à la fois moderne ou vintage, Polaroid a d'ailleurs lancé il y a quelques mois un un appareil compact numérique intégrant l'impression papier instantanée... mais actuellement en rupture de stock sur le site officiel.
Parallèlement au retour en grâce du Polaroid, la photographie argentique, avec ses réglages manuels et sa bonne vielle pellicule, n'est pas en reste, comme le montre le mouvement "Lomographie", dont le site revendique aujourd'hui une communauté de centaines de milliers de fans dans le monde.

AFP/Samuel Kubani
Le terme "Lomo" est à l'origine un petit appareil photo rudimentaire au boîtier plastique, commercialisé dans les années 1980 par la marque soviétique Leningradskoïe Optiko Mekhanitchéskoïe Obiedinenie (soit l'Union des Optiques et Mécaniques de Saint-Pétersbourg).
"Ces appareils emblématiques offrent une approche plus instinctive de la photo. La Lomographie a recyclé le désir de repères autour d'une photographie qui a pu être oubliée par la génération des Digital Natives, qui ont toujours pu photographier frénétiquement grâce au numérique: privées d'une culture technique, elles se réintéressent à présent aux valeurs fondatrices de la photo", estime Jacques Hémon.
Les "Lomo" d'origine s'arrachent aujourd'hui à prix d'or, tout comme d'autres modèles d'époque devenus cultes, le Diana et le Holga, commercialisés à l'origine à Hong Kong. Des appareils à l'allure de gadget ou de jouet aujourd'hui plébiscités par les puristes... qui n'hésitent cependant pas à les parer de filtres couleur ou d'objectifs "fisheye", pour un effet loupe très tendance.

11 réactions
1 De antoine - 13/02/2013, 09:54
j'ai le même appareil photo que Patti Smith je m'en suis beaucoup servi il y a longtemps, il fait des photos noir et blanc d'une superbe qualité mais aussi des photos couleurs! mais ou trouver des pellicules et le liquide de développement? j'habite près de Brest merci si vous trouvez!
2 De MrSoul - 13/02/2013, 12:57
On nous vend un produit d'une qualité pitoyable (comparez un polaroïd original et un impossible project, vous comprendrez) à un prix d'or (2,5€ la photo), ça c'était jamais vu... On nous prend vraiment pour des cons...
Tout ça parce que les bobos, spécialistes en goût de chiotes et pour jeter de l'argent par les fenêtres se sont plonger à coeur joie dans ces jouets ayant le pouvoir de faire croire qu'ils sont créatif (alors que ces photos ne brosse très souvent que leur égo).
Bref, produits pitoyable mais très rentable pour ceux qui les produisent et les vendent.
3 De Ben - 13/02/2013, 16:17
Voici une preuve bien tangible que le polaroid (la photographie instantanée) est toujours bien vivante : Expolaroid 2013
http://www.expolaroid.com
Ben.
4 De niz - 13/02/2013, 17:49
Ce qu'on oublie de dire dans cet article c'est que les pellicules impossible marchent une fois sur deux.
5 De lomophobe - 14/02/2013, 23:02
hé un Leica n'est pas un Lomo!
6 De Jules Garnier - 15/02/2013, 12:04
C'est vrai, les Lomos d'aujourd'hui sont de la merde vendue très cher mais comme il est très justement dit dans l'article, ils permettent de faire apprendre aux générations qui n'ont jamais touché un argentique les techniques de la photographie.
Moi-même, qui n'avais eu qu'un ou deux jetables dans mon enfance, ai commencé avec un Lomo qu'on m'a offert. Suite à cela, j'ai appris à développer mes films, à tirer en labo. Et aujourd'hui, je sais ce que veut dire un film 120, un film diapositif, un agrandissement, une focale, un diaphragme... Ce qui sert tout autant dans le numérique, même si les termes changent.
Ce qui est dit sur les films Impossible est vrai. Mauvaise qualité et prix ahurissant. En revanche, certains polaroids fonctionnent avec des films Fujifilm beaucoup plus abordable.
Et si un polaroid sur deux est raté, c'est peut être que vous n'aviez pas assez de lumière lorsque vous avez déclenché. ;) C'est aussi comme ça qu'on apprend. Et c'est parce que cela coûte cher de développer, parce qu'il faut attendre longtemps et qu'on a peu de photos au final qu'on s'efforce de maîtriser toujours mieux les techniques photographiques avec l'argentique.
Cordialement,
Jules Garnier.
7 De Seb - 15/02/2013, 14:21
Bonjour,
La photo argentique n'est jamais vraiment morte ! Une poignée d'irréductibles, puis une pelletée puis ... une brouettée et de plus en plus de photographes découvrent ou reprennent goût à l'argentique qui a ses caractéristiques propres, un charme et une magie que la photo numérique n'a pas. Il n'y a pas que le phénomène Lomo purement commercial !! Le Net regorge de sites et de forums spécialisés en argentique et en procédés dits "alternatifs" (35mm-compact, holg4, disactis pour ne citer que ceux que je connais le mieux, ainsi que polaroid-passion...). Il n'y a pas que des bobos qui font de l'argentique !!!! N'hésitez pas à vous rendre sur ces forums pour y poser vos questions, vous serez étonnés de la rapidité de réponse ;-)
Cordialement
Seb
8 De Grosse blague - 15/02/2013, 19:15
Je ne sais pas vous, mais moi je ne charge pas ma chambre photographique avec des plans films pour faire du "lowfi", mais au contraire pour aller là où aucun numérique ne peut aller en terme de résolution. Encore un article qui ne va pas creuser le fond de la question : il n'y a pas que Paris et les hipsters ! S’arrêter à ces aspects commerciaux est très dommageable. Au delà d'une mode, au delà d'un esthétisme rétro éphémère, l'argentique est une technique complète et encore bien vivante. De nombreux artistes et amateurs éclairés le pratique pour ses qualités indéniables. Mais enfin c'est un peu comme le Vinyl vs CD : la masse est d'accord pour dire que l'argentique, "c'est(ait) quand même autre chose", mais tout le monde fait du numérique. Alors on voit apparaître des comportements idiots naître comme ceux de ces pseudo artistes "lomographistes" et autres instagramers : on fait du "vintage", car c'était mieux avant, qu'on est contre la société, ceci celà, mais au fond il n'y a rien...
Le plus regrettable dans l'histoire, c'est que c'est ceux là qui sont les plus médiatisés. J'ai renoncé à chercher pourquoi on exposait ces vides sous le prétexte illusoire qu'il sont "différents". Soyons franc, personne n'a jamais produit de l'intéressant en agitant le spectre du passé, et ça ne trompera pas quelqu’un un minimum éduqué aux arts visuels.
A tous les photographes, je dis : venez faire de l'argentique, il est encore bien vivant ! Mais venez pour les bonnes raisons, c'est à dire pas pour reproduire bêtement des stéréotypes "lomo". Venez plutôt découvrir une autre technique, une autre approche photographique, une autre philosophie.
9 De Wata - 15/02/2013, 19:39
Aujourd'hui de nombreuses personnes pratiquent encore la photo argentique (sur film) et la grande majorité ne sont pas lomographes. Le film reste une valeur sûre pour beaucoup et conquiert de nouveaux adhérents, au lieu de faire des amalgames douteux, intéressez vous aux passionnés dans le monde réel et non aux épiphénomènes médiatiques.
Et des produits et des films on en trouve partout sur Internet, il y a des boutiques en ligne pour ça.
Wata
10 De Jules Garnier - 16/02/2013, 20:15
J'aimerais ajouter que, contrairement à ce que l'on croit, pratiquer la photo argentique est peu coûteux, surtout s'il on veut faire de la qualité.
Un très bon réflex doté d'un objectif correct se négocie à moins de 50 euros quand il faut débourser plus de 500 euros en numérique.
Et je rejoins tout à fait "De grosse blague" sur ce qu'il dit quant à la qualité. L'argentique, et notamment les plans films, permettent d'aller dans des niveaux de qualité très difficile à négocier en numérique.
Enfin, pratiquer de l'argentique n'empêche pas d'aller sur le numérique en second temps. Le scan se pratique très bien et photoshop aussi. Je vous invite à jeter un oeil sur mon blog où la majorité des clichés sont en scanné.
http://portraitsdeseine.tumblr.com
11 De Paul - 03/03/2013, 08:51
j'ai toujours mon vieux ROLEIFLEX 6x6 avec un objectif Carl Zeiss Jena Superbe pour des images couleurs en agrandissement